MONTREUX SOUNDS

 

Une maison fondée par Claude Nobs

En 1967, Claude Nobs, alors à l’Office du Tourisme de Montreux, conçoit et crée le Montreux Jazz Festival, qu’il cofonde avec Géo Voumard et René Langel et qu’il dirige comme fondateur et directeur artistique pendant 46 éditions. Dès la première édition, il veut que la musique survive à la nuit : les concerts sont filmés avec la Télévision Suisse et enregistrés. En 1973, il fonde Montreux Sounds, la société par laquelle, pendant quarante ans, il programmera le Festival, l’enregistrera puis le préservera. La même année, il prend la direction de WEA en Suisse, future Warner Music Switzerland. En 1988, Thierry Amsallem, son partenaire depuis 1986, devient copropriétaire de Montreux Sounds à parts égales. Claude Nobs préside la société jusqu’à sa disparition, le 10 janvier 2013. Son rôle chez WEA puis Warner lui donne une position unique : à la fois directeur artistique de festival, interlocuteur des grands labels internationaux, hôte des artistes et producteur d’une archive audiovisuelle devenue patrimoniale.

La direction artistique du Festival

Le Festival ne se programmait pas lui-même. Son affiche était l'œuvre personnelle de Claude Nobs, exercée à travers Montreux Sounds. Les contrats conclus avec l'Office du Tourisme de Montreux confient à Montreux Sounds et à son président l'établissement du programme artistique et son bon déroulement sur scène, les contacts personnels avec les artistes et leurs managers lors de voyages de prospection, la négociation et l'engagement des artistes, ainsi que le soin de l'image du Festival en Suisse et à l'étranger. Ils lui confient aussi la définition, d’entente avec l’Office, du concept des festivals Montreux organisés à l’étranger et, entre 1991 et 1993, la coproduction du Festival avec Quincy Jones.

L'accueil faisait partie de la méthode. Dès 1982, les artistes sont reçus au Picotin, le chalet de Claude Nobs à Caux, rejoint plus tard par Le Grillon. Quelque 10 000 musiciens et 100 000 invités (partenaires, maisons de disques, journalistes, chercheurs) ont depuis été accueillis aux Chalets Claude Nobs, par Thierry Amsallem dès 1987 et, depuis 2013, avec Simon Lepêtre.

Enregistrer chaque concert

Dès 1969, Claude Nobs enregistre chaque concert et offre les bandes aux artistes et aux labels. Les albums live de Montreux des années 1970, comme Montreux II de Bill Evans, Montreux Alexander ou l'enregistrement montreusien d'Elis Regina, sont nés de ce dispositif, conçu, financé et opéré par lui, puis par Montreux Sounds dès 1974. L'enregistrement multipiste sur bande deux pouces est introduit en 1973.

Plusieurs albums nés des enregistrements de Montreux ont reçu un Grammy Award, parmi lesquels Bill Evans at the Montreux Jazz Festival, Digital III at Montreux d'Ella Fitzgerald et Miles & Quincy Live at Montreux. Ces albums appartiennent à leurs labels. Ils sont nés sur la scène de Montreux, dans une programmation de Claude Nobs.

Au-delà du Festival, Claude Nobs organisait les productions musicales de la Rose d'Or de Montreux (jusqu'en 1978) et du Super Pop Montreux. Montreux Sounds a ensuite racheté les parts de coproduction de ces enregistrements.

Un catalogue construit avec les artistes

Montreux Sounds est titulaire des droits du producteur sur les enregistrements audiovisuels du Festival : avec la RTS jusqu'en 1986, seule de 1987 à 2012, avec la Fondation du Festival de Jazz de Montreux pour 2013. Elle ne détient pas les droits des artistes ni de leurs maisons de disques, et toute publication requiert leur accord. Le respect de cette règle lui vaut, depuis un demi-siècle, la confiance des artistes et de l'industrie musicale.

Les enregistrements de Montreux ont été concédés sous licence à Warner Music, Atlantic Records, Sony Music, Blue Note, Verve, Prestige et à de nombreux autres labels, à des documentaristes, à des diffuseurs et à des plateformes. Des milliers de diffusions radio et télévision ont suivi depuis 1967. En 2004 naît la série Live at Montreux avec Eagle Vision, qui porte quelque 150 concerts en DVD et Blu-ray, puis en ligne ; depuis 2012, Eagle Rock, aujourd’hui Mercury Studios, est licencié exclusif d’une large part du catalogue. En 2022, Montreux Sounds présente, avec BMG Films, Beyond TNC et la RTS, la série documentaire They All Came Out to Montreux d’Oliver Murray, construite en grande partie à partir d’images inédites de ses archives et de celles de la RTS.

Au total, plus de 500 enregistrements ont été publiés avec les artistes, avec quelque 20 millions de supports physiques vendus, plus de 500 millions d'écoutes en streaming audio et environ deux milliards de vues sur YouTube, dont plus de 70 millions pour Live at Montreux de B.B. King. L'histoire de ces années est racontée dans Live! from Montreux, publié en 2007 en quatre volumes.

Technologie et innovation

Montreux a toujours été une scène pour les nouvelles manières de capter la musique. Montreux Sounds introduit l'enregistrement audio multipiste en 1973. En 1991, Claude Nobs fait filmer le Festival en télévision haute définition, avec l'Office du Tourisme de Montreux et Sony, en la personne de M. Sakai. Suivent la production audio numérique en 2002, la 3D en 2010 et la 4K en 2012. Thierry Amsallem, au croisement de la musique et de la technologie depuis 1987, crée en 1994 le site internet du Festival, l'un des premiers sites musicaux au monde, et produit en 1997 le premier DVD musical en Europe, avec Atlantic Records.

Préservation, science et UNESCO

Dès 1988, Claude Nobs et Thierry Amsallem recherchent, récupèrent et regroupent l'ensemble des enregistrements, dispersés entre diffuseurs, studios et dépôts de bandes. En 1993, le mandat du Festival les désigne formellement comme responsables de la conservation des archives audiovisuelles. Depuis 1987, Montreux Sounds a consacré à cette tâche des moyens financiers et humains considérables. La Collection compte plus de 11 000 heures de vidéo et 6 000 heures d’audio, sur quelque 14 000 bandes.

En 2007, Claude Nobs, Thierry Amsallem et Patrick Aebischer, alors président de l'EPFL, lancent l'EPFL-Montreux Sounds Digital Project pour numériser la Collection en haute résolution. Le premier pétaoctet d'archives numérisées est atteint en 2010. Depuis 2016, la Fondation Claude Nobs poursuit le travail au sein du Montreux Jazz Digital Project, conduit par le Cultural Heritage & Innovation Center de l'EPFL. La Collection est devenue une plateforme de recherche en acoustique, science des données, musicologie, muséologie et neurosciences. En 2017, Smoke on the Water de Deep Purple et Tutu de Miles Davis, enregistrés à Montreux, ont été parmi les premiers enregistrements audio non compressés stockés dans l'ADN.

Quincy Jones a décrit la Collection comme « the most important testimonial to the history of music, covering jazz, blues and rock » (Montreux, 2008).

UNESCO Mémoire du Monde. En juin 2013, la Collection Claude Nobs du Montreux Jazz Festival (1967-2013) a été inscrite au Registre Mémoire du Monde de l'UNESCO sous le titre « The Montreux Jazz Festival, Claude Nobs' Legacy ». L'inscription est portée par la Fondation Claude Nobs, fondation d'utilité publique créée par Thierry Amsallem en 2013. www.claudenobsfoundation.com

Les Chalets Claude Nobs

Le Picotin et Le Grillon, à Caux, au-dessus du Léman, abritent Montreux Sounds et la Fondation Claude Nobs. Montreux Sounds y a organisé les réceptions du Festival jusqu’en 2018 et y accueille, tout au long de l’année, artistes, chercheurs et visiteurs privés.

Montreux Sounds aujourd'hui

Présidée depuis 2013 par Thierry Amsallem, avec Simon Lepêtre comme assistant du CEO, Montreux Sounds est une société indépendante. Elle concède la Collection Claude Nobs du Montreux Jazz Festival sous licence aux artistes et à leurs ayants droit, aux maisons de disques, aux diffuseurs, producteurs, réalisateurs, documentaristes et journalistes, ainsi qu'aux institutions culturelles et éducatives, dans l'esprit où Claude Nobs l'a construite : avec les artistes, et pour eux.